La MDPH, c'est quoi et à quoi ça donne accès ?
Le guichet unique du handicap en France
La MDPH, Maison Départementale des Personnes Handicapées, est un guichet unique créé par la loi de 2005. Il en existe 101 en France, soit une par département. Son rôle est central : c'est votre seul interlocuteur pour toutes les demandes liées au handicap, quel que soit l'âge de votre proche, la nature de sa situation ou la prestation demandée.
Concrètement, la MDPH évalue la situation de handicap, attribue un taux d'incapacité, oriente vers les structures adaptées et ouvre les droits aux prestations (telles que la PCH, AAH, RQTH ou encore l’AEEH pour un dossier MDPH enfant). En revanche, elle ne verse pas les allocations.
En bref, la MDPH évalue et ouvre les droits mais ce sont d'autres organismes les financent et fournissent les prestations de service (aide à domicile, matériel). Ainsi, l'AAH et l'AEEH sont versées par la CAF et la PCH est versée par le conseil départemental.
Comprendre ce rôle évite bien des confusions et des frustrations.
La MDPH traite aujourd'hui environ 5 millions de demandes par an (contre 4,5 millions en 2024), une hausse portée par le vieillissement de la population et une meilleure reconnaissance des handicaps « invisibles ».
Qui peut déposer un dossier MDPH ?
Toute personne en situation de handicap peut déposer un dossier, quel que soit son âge.
La notion de handicap est plus large qu'on ne le croit. Elle englobe le handicap moteur, sensoriel (surdité, malvoyance), psychique, cognitif (troubles neurodéveloppementaux : TSA, TDAH, troubles dys), maladies chroniques invalidantes (sclérose en plaques, insuffisance cardiaque, cancer…) et le polyhandicap.
Ainsi, si votre enfant de 8 ans a un TDAH sévère qui perturbe sa scolarité, vous pouvez faire un dossier MDPH. De même, si votre conjoint de 45 ans est atteint de sclérose en plaques, un dossier peut aussi être déposé.
Le dossier peut être déposé par la personne elle-même, son représentant légal (les parents pour un enfant mineur) ou un aidant mandaté. En tant qu'aidant familial, vous pouvez donc tout à fait être le moteur de la démarche auprès de la MDPH.
Lorsque le proche a plus de 60 ans, on confond souvent la MDPH et l’APA. Pour vous y retrouvez, analysez la situation de votre proche. Si le besoin d’aide vient uniquement d’une perte d’autonomie, alors vous relevez de l'allocation personnalisée d'autonomie. S’il y a une situation de handicap, vous relevez de la MDPH. À 60 ans, il est possible de choisir entre les deux dispositifs selon ce qui est le plus avantageux.
Par exemple, votre mère de 62 ans est en fauteuil roulant suite à un AVC. Vous pouvez faire un dossier MDPH ou demander l’APA, selon ce qui est le plus avantageux.
En cas de doute sur l’éligibilité, tentez tout de même de déposer un dossier. La demande est gratuite et la MDPH évaluera la situation.
Ce que le dossier MDPH débloque concrètement
Un seul dossier peut ouvrir l'accès à plusieurs prestations en simultané et permet ainsi de bénéficier d’un plan complet d’aides.
Pour les adultes, le dossier MDPH peut permettre d’accéder à :
- PCH (Prestation de Compensation du Handicap) : finance l'aide humaine, les aides techniques, l'adaptation du logement de votre proche et peut dédommager l'aidant familial
- AAH (Allocation aux Adultes Handicapés) : revenu minimum garanti d’environ 1 033 €/mois en 2026
- RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé) : aménagements de poste, accès à l'obligation d'emploi, formations adaptées
- CMI (Carte Mobilité Inclusion) : stationnement adapté, priorité dans les files, mention invalidité
Pour les enfants, la MDPH permet d’accéder à :
- AEEH (Allocation d'Éducation de l'Enfant Handicapé) : aide financière mensuelle et compléments selon la situation
- PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation) : AESH (accompagnant), aménagements d'examens, matériel adapté
- PCH enfant : aide humaine et technique également accessible aux moins de 20 ans
- Orientations vers des structures spécialisées : SESSAD, IME, ITEP, classes ULIS
Pour un enfant avec un TSA (trouble du spectre autistique), par exemple, un seul dossier peut simultanément ouvrir l'AEEH, un PPS avec accompagnant scolaire et une orientation SESSAD pour un suivi spécialisé.
Cochez toutes les prestations pertinentes dans le formulaire, il n'y a aucune raison de se limiter.

Constituer un dossier MDPH solide : le guide étape par étape
Étape 1 : Rassembler les pièces administratives de base
Un dossier incomplet est la première cause de retard dans le traitement du dossier par la MDPH (environ 15% des demandes sont ralenties pour ce motif). Alors avant de toucher au formulaire, réunissez ces documents :
- Pièce d'identité du demandeur (carte d'identité, passeport, ou titre de séjour)
- Justificatif de domicile de moins de 3 mois
- Jugement de tutelle ou de curatelle, le cas échéant
- Pour un enfant : livret de famille
Profitez-en pour rassembler dès maintenant les bilans médicaux, comptes rendus d'hospitalisation et bilans paramédicaux (orthophoniste, psychologue, ergothérapeute…). Ils seront indispensables pour le certificat médical et le projet de vie et les préparer en amont vous fera gagner un temps précieux.
Avant d’envoyer votre dossier, faites des photocopies de l'intégralité du dossier. En cas de perte ou de recours, vous aurez une trace complète.
Étape 2 : Remplir le formulaire Cerfa 15692*01
Le formulaire Cerfa n° 15692*01 est le document central du dossier. Il est téléchargeable sur le site de votre MDPH départementale ou sur service-public.fr. De plus en plus de départements proposent également une version en ligne via mdphenligne.cnsa.fr.
Le formulaire est assez long, il est constitué d’une vingtaine de pages afin de couvrir toutes les demandes (AAH, PCH, CMI …). Au-delà de l’identification et la situation familiale, 2 rubriques sont à soigner particulièrement :
- La description de la situation de handicap et des difficultés quotidiennes : soyez factuel et précis. Ne dites pas « il a du mal à se déplacer » mais « il a besoin d'aide pour se lever chaque matin, se doucher et préparer ses repas ». C'est cette description qui oriente l'évaluation.
- Les demandes de droits et des prestations : cochez toutes les prestations pertinentes. Ne vous limitez pas à une seule demande par précaution, le formulaire est conçu pour des demandes multiples.
Si vous êtes salarié et que vous avez besoin de temps pour constituer le dossier, le congé de proche aidant peut vous permettre de dégager du temps pour ces démarches.
H3 : Étape 3 : Obtenir un certificat médical complet (Cerfa 15695*01)
Le certificat médical Cerfa n° 15695*01 est la pièce maîtresse du dossier MDPH. Il doit être établi par un médecin (traitant, spécialiste ou hospitalier) sur ce formulaire spécifique et dater de moins de 12 mois au moment du dépôt.
Le diagnostic seul ne suffit pas. Le médecin doit décrire les retentissements fonctionnels : ce que la personne ne peut pas ou plus faire, les limitations concrètes dans la vie quotidienne. Pour une sclérose en plaques, un bon certificat ne dit pas seulement « SEP diagnostiquée en 2020 ». Il précise : « fatigue invalidante limitant l'activité à 2 heures par jour, troubles de l'équilibre nécessitant une canne, difficultés de préhension fine rendant impossible la cuisine autonome. »
Pour obtenir le certificat médical, prenez rendez-vous au moins 2 mois avant le dépôt prévu du dossier. Si possible, soyez présent lors du rendez-vous. Vous observez des difficultés quotidiennes que le médecin ne voit pas en consultation et que votre proche ne rapportera pas forcément.
De même, pour faciliter le remplissage du formulaire, apportez les comptes rendus médicaux et bilans paramédicaux disponibles, le médecin n'a pas forcément tout en tête.
Selon le Baromètre CNSA, un certificat trop succinct est l'une des deux principales causes de ralentissement du traitement du dossier (avec le projet de vie incomplet).
Étape 4 : Rédiger le projet de vie, votre espace de parole
Le projet de vie est une lettre libre jointe au dossier MDPH dans laquelle la personne (ou l'aidant pour elle) décrit sa situation, ses difficultés, ses besoins et ses souhaits.
Techniquement facultatif, il influence fortement l'évaluation dans la pratique et peut faire basculer la décision. C'est ici que vous humanisez le dossier et donnez du contexte aux chiffres et aux diagnostics.
Pour la rédaction, vous pouvez structurer la lettre en quatre parties, claires et efficaces :
- Situation actuelle : qui est votre proche, quelle est la situation familiale et professionnelle
- Description du handicap/de la maladie et son évolution dans le temps
- Difficultés concrètes au quotidien : domaine par domaine (mobilité, soins personnels, vie domestique, vie sociale, travail ou scolarité)
- Besoins et souhaits : quelles aides vous demandez et pourquoi elles sont nécessaires
Soyez factuel. Par exemple, écrivez « 3 chutes en 2 mois » plutôt que « il tombe souvent ». Décrivez une journée type et connectez chaque difficulté à l'aide demandée. Visez 2 à 4 pages.
En tant qu'aidant familial, vous pouvez rédiger ce document au nom de votre proche (avec son accord), ou joindre un courrier complémentaire décrivant la situation de votre point de vue.
Étape 5 : Déposer le dossier et suivre son avancement
Trois canaux de dépôt sont disponibles :
- En ligne via mdphenligne.cnsa.fr ou le site de votre MDPH départementale (cette option vous permettra de suivre en temps réel l’avancée du dossier)
- Par courrier recommandé avec accusé de réception (conservez la preuve de l’envoi)
- En personne au guichet de la MDPH ou au CCAS de votre commune
Un seul envoi suffit. Si vous envoyez simultanément une demande MDPH en ligne et un dossier papier, c’est généralement contre-productif car les doublons créent des dysfonctionnements et ralentissent le traitement.
Après dépôt, la MDPH envoie un accusé de réception une fois le dossier jugé complet. Si des pièces manquent, elle demande des compléments, ce qui rallonge les délais.
L'équipe pluridisciplinaire d'évaluation (EPE) étudie ensuite le dossier, avant que la CDAPH (Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées) prenne sa décision. Vous pouvez être convoqué ou contacté pour un complément d'information. La décision est notifiée par courrier.
Le délai légal est de 4 mois à partir du dossier complet. En pratique, le délai moyen national est de 4,6 mois selon la CNSA, avec de fortes disparités (de 2 mois dans certains départements ruraux à 11 mois en Île-de-France ou en Outre-mer). Sans réponse passé 4 mois, c'est un rejet implicite ouvrant droit au recours.
Suivez l'avancement via votre espace personnel en ligne. Si vous n’avez aucune nouvelle au bout de 3 mois, contactez directement la MDPH par téléphone.

Que faire après la décision ? Recours, renouvellement et révision
Contester une décision de la MDPH
Un refus n'est pas définitif. Environ 30 à 35 % des décisions MDPH de refus sont révisées lors du recours administratif (Rapport du Défenseur des Droits), souvent grâce à l'apport de nouvelles pièces médicales.
Analysez les motifs du refus dans la notification, ils vous indiquent précisément les points à renforcer.
La première étape est le RAPO (Recours Administratif Préalable Obligatoire). Dans les 2 mois suivant la notification, adressez un courrier motivé au président de la CDAPH, en joignant de nouvelles pièces si possible (bilans complémentaires, certificats actualisés).
Si le RAPO n'aboutit pas, vous pouvez saisir le tribunal administratif (pour l'AAH/AEEH) ou le tribunal judiciaire (pour la PCH/orientation) dans les 2 mois suivants. Une demande de conciliation auprès de la MDPH est également possible à tout moment.
Renouveler ses droits : anticiper pour ne pas perdre ses aides
Les droits MDPH sont attribués pour une durée déterminée (de 1 à 10 ans selon la prestation). Certains handicaps stabilisés peuvent bénéficier de droits « à vie » depuis 2019. Mais dans la grande majorité des cas, le renouvellement des droits MDPH n'est pas automatique.
Anticipez 4 à 6 mois avant l'expiration des droits pour tenir compte des délais de traitement. Le renouvellement nécessite l’envoi d’un nouveau formulaire, un certificat médical à jour et un projet de vie actualisé.
Si la situation de votre proche se dégrade avant l'échéance, vous pouvez demander une révision en cours de droits à tout moment, sans attendre la date d'expiration.
Conclusion
Monter un dossier MDPH, c'est un investissement en temps mais c'est un passage obligé qui ouvre l'accès à un écosystème complet d'aides, pour les adultes comme pour les enfants. Un formulaire bien rempli, un certificat médical complet, un projet de vie soigné : ces trois éléments font toute la différence entre un dossier traité en 4 mois et un dossier qui traîne pendant un an.
Et si vous souhaitez identifier l'ensemble des aides auxquelles votre proche peut prétendre au-delà de la MDPH, l'application Monka vous aide à faire le point en 10 minutes, à construire votre feuille de route personnalisée et aide à suivre ces échéances.
FAQ : Les questions les plus fréquentes sur le dossier MDPH
Combien de temps faut-il pour obtenir une réponse de la MDPH ?
Le délai légal est de 4 mois à compter du dépôt du dossier complet. En pratique, le délai moyen national est d'environ 4,6 mois (CNSA), avec de fortes disparités territoriales : de 2-3 mois dans certains départements à 7-11 mois dans d'autres. Un dossier complet et bien documenté est traité plus rapidement.
Peut-on faire un dossier MDPH en ligne ?
Oui, via le téléservice national mdphenligne.cnsa.fr ou le site de votre MDPH départementale. Le dépôt en ligne permet de suivre l'avancement en temps réel et de téléverser les pièces justificatives numérisées. Certains départements proposent des outils complémentaires : vidéos d'aide au remplissage, formulaires interactifs ou accompagnement en visioconférence.
Comment obtenir de l'aide pour constituer son dossier MDPH ?
Plusieurs relais peuvent vous accompagner : le CCAS (Centre Communal d'Action Sociale) de votre mairie, les associations spécialisées (APF France Handicap, UNAPEI, associations par pathologie), les assistants sociaux de secteur. Pour les enfants en situation de handicap, l'enseignant référent de l'Éducation nationale est un interlocuteur clé pour le volet scolaire. Si vous avez besoin de temps pour constituer le dossier et que vous êtes salarié, sachez que le congé de proche aidant peut vous permettre de dégager du temps pour ces démarches.


