Le cadre légal : vos obligations envers les salariés aidants
Ce que dit la loi : obligations légales de l'employeur
La frontière entre obligation employeur et bonne pratique pour les aidants familiaux n'est pas toujours claire pour les DRH.
L'obligation de négocier est le socle. Depuis la loi du 2 août 2021, les entreprises de plus de 50 salariés dotées d'une section syndicale doivent négocier sur la QVCT (Qualité de Vie et des Conditions de Travail), incluant l'articulation vie professionnelle/vie personnelle (art. L2242-17 du Code du travail). L'aidance entre pleinement dans ce cadre. Si vous souhaitez intégrer l'aidance dans votre démarche QVCT, cette négociation est le bon levier.
La gestion des salariés aidants, du côté des dispositifs de la DRH, s'articule autour de trois mécanismes légaux :
- Le congé proche aidant : droit du salarié,
- Le don de jours : facultatif
- Le CET : s’il existe dans l'entreprise.
L’employeur a également l'interdiction de discriminer. Ainsi, aucune décision défavorable comme un refus de promotion, de formation ou d'évolution ne peut être motivée par la situation d'aidant d'un salarié. La jurisprudence est de plus en plus vigilante sur ce sujet.
En résumé, la loi fixe un cadre minimal centré sur le congé proche aidant. Tout le reste relève de votre politique RH et de vos accords d'entreprise relatifs aux salariés aidants.
Congé proche aidant : un droit du salarié, des obligations pour l'employeur
C'est le point le plus structurant pour votre organisation. Lorsqu'un salarié demande un congé proche aidant, votre marge de manœuvre est limitée : vous devez l'accorder si les conditions d'éligibilité sont remplies (art. L3142-16 du Code du travail).
Les conditions sont assez larges puisqu’il n’y a pas de condition d’ancienneté dans l’entreprise et ce congé est ouvert aux salariés quel que soit leur contrat de travail. Le salarié doit entretenir des liens étroits et stables avec le proche aidé. Ce dernier doit soit être bénéficiaire de l’APA, soit avoir un taux d’incapacité au moins égal à 80% reconnu par la MDPH ou être en situation d’invalidité.
Un délai de prévenance doit être respecté. Le salarié doit vous informer au moins 1 mois avant le congé. En cas d’urgence, ce délai est réduit à 48h. L’objectif est de vous permettre de vous organiser en interne pour pallier l’absence du salarié.
Le congés a une durée de 3 mois renouvelables, dans la limite d'1 an sur la carrière. Il est fractionnable par journée ou demi-journée avec votre accord, ce qui complexifie la gestion mais offre de la flexibilité à l’aidant qui n’est pas absent en continu.
Le congé n’est pas rémunéré par l'employeur. Le contrat est suspendu. Votre service paie doit encoder cette suspension, gérer les cotisations et coordonner avec la CAF pour l'AJPA (Allocation Journalière du Proche Aidant) que le salarié aidant percevra directement.
Le salarié est protégé, il n’est pas possible de le licencier pendant le congé (sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat). Il retrouvera son emploi ou un emploi similaire à son retour.
Le congé proche aidant n'est pas à votre discrétion. Votre rôle est d'organiser et de gérer le congé mais pas de valider l'opportunité. Vous pouvez éventuellement demander au salarié de modifier les dates, mais cela ne se fera qu’avec son accord.
Aménagements du temps de travail : obligations et marges de manœuvre
En dehors du congé, les demandes d'aménagement sont fréquentes : télétravail, horaires flexibles, temps partiel pour les salariés aidants.
Il n'existe pas d'obligation légale stricte d'accorder un aménagement du temps de travail à un salarié aidant sauf si un accord d'entreprise le prévoit. Mais une exception importante existe depuis le 21 juillet 2023 : tout salarié aidant bénéficie d'un droit d'accès au télétravail (art. L1222-9 du Code du travail). Vous pouvez refuser, mais vous devez motiver votre décision.
En pratique, un refus sec et non justifié peut s'avérer risqué. La jurisprudence tend à protéger les demandes raisonnables, notamment sous l'angle de la discrimination indirecte. Si vous acceptez un aménagement, encadrez-le : accord écrit, durée déterminée, réévaluation trimestrielle, conditions de réversibilité.
Attention aussi à la cohérence d'équipe. Un aménagement accordé à un salarié aidant peut créer un précédent. Mieux vaut intégrer ces possibilités dans un cadre collectif (accord QVCT, charte de télétravail) que de gérer au cas par cas.
Le don de jours entre collègues : comment le mettre en place
Principe et cadre légal du don de jours
Le don de jours est un mécanisme de solidarité entre salariés, codifié à l'article L3142-25-1 du Code du travail. Il permet à un salarié de céder anonymement et sans contrepartie des jours de repos non pris à un collègue qui accompagne un proche en perte d'autonomie ou en situation de handicap.
Contrairement au congé proche aidant, la mise en place du don de jours est un choix d'entreprise. Mais le dispositif existe de droit : si un salarié souhaite donner des jours et que vous donnez votre accord, le cadre légal s'applique automatiquement :
- Anonymat et volontariat : le donneur reste anonyme, aucune contrepartie n'est possible
- Jours cessibles : la procédure de don de jours concerne les RTT, la 5ème semaine de CP, les jours de récupération, jours placés sur un CET. Les 4 premières semaines de congés payés (24 jours ouvrables) sont exclues
- Maintien de la rémunération : le bénéficiaire conserve son salaire pendant l'absence
- Assimilation à du travail effectif : l'absence est comptée pour le calcul de l'ancienneté et des droits associés
C'est un dispositif apprécié des salariés. Si vous décidez d’organiser le don de congés entre collègues, vous devez l'encadrer avec des règles claires.
Étapes de mise en place du don de jours dans votre entreprise
Pour déployer le dispositif, vous devrez suivre ces étapes :
1. Rédiger un règlement spécifique : Définissez les règles : qui peut donner, qui peut recevoir, combien de jours maximum par donneur et par an, la procédure de demande et de don. Ce cadre peut prendre la forme d'une note de service, d’une rubrique du règlement intérieur concernant les salariés aidants ou d'un accord d'entreprise.
2. Informer et consulter le CSE : Même si ce n'est pas strictement obligatoire, consulter les représentants du personnel renforce la légitimité du dispositif et facilite son acceptation.
3. Communiquer en interne : Note de service, page intranet dédiée, réunions d'information. Expliquez le mécanisme, les règles et les modalités pratiques.
4. Mettre en place un circuit de gestion : Qui reçoit les demandes ? Qui valide l'éligibilité du bénéficiaire ? Qui coordonne avec la paie ? Qui garantit l'anonymat ? Centralisez tout au service RH.
5. Former le service paie et les managers. L'encodage des dons, le traitement des absences, les explications aux équipes : chaque maillon doit être opérationnel.
Par exemple, vous pouvez définir qu’un salarié peut donner jusqu'à 5 jours par an, anonymement, à un collègue dont le proche est reconnu en perte d'autonomie. Le RH centralise, valide l'éligibilité sur justificatif et transmet à la paie.
Le succès du don de jours repose sur la simplicité et la clarté. Si c'est trop complexe, personne ne l'utilisera.
Gestion RH et paie : les points de vigilance
Quelques pièges à anticiper dans la gestion quotidienne :
- Le traitement en paie est mécanique : le jour donné est déduit du solde du donneur et ajouté à celui du bénéficiaire. Le donneur ne perd pas de salaire (il renonce à un jour de repos futur) et le bénéficiaire est rémunéré normalement avec les cotisations sociales classiques.
- L'anonymat est un point sensible. Le bénéficiaire ne doit pas connaître l'identité des donneurs. Centralisez les dons au niveau RH et agrégez-les avant de créditer le bénéficiaire.
Vous pouvez refuser un don si le donneur descend sous le minimum légal de congés (24 jours ouvrables). Soyez également vigilant sur les abus potentiels : demandes répétées chaque année ou dons "organisés" entre proches.
Le don de jours, c'est de la solidarité encadrée. L’encadrement RH permet de garantir l'équité, l'anonymat et le respect des règles pour les salariés aidants.
Le compte épargne temps (CET) : un levier à mobiliser pour l'aidance
Le CET : fonctionnement et opportunité pour les aidants
Le CET (Compte Épargne Temps) est un dispositif permettant au salarié d'accumuler des droits (jours de congés, RTT, primes) pour les utiliser ultérieurement sous forme de congé long, de temps partiel ou de complément de rémunération.
Si votre entreprise dispose d'un compte épargne temps mis en place par accord collectif, il peut devenir un levier clé pour soutenir les salariés aidants en leur permettant de financer un congé proche aidant (qui est non rémunéré de base), de passer à temps partiel sans perte de revenu ou de se constituer une réserve pour gérer des urgences familiales.
L'avantage pour l'employeur est réel : une politique de flexibilité aux salariés aidant n’a pas de coût direct supplémentaire. Les droits sont déjà acquis, c'est leur utilisation qui change.
Si vous avez un CET dans votre entreprise, c'est une solution immédiate pour soutenir les aidants sans créer de nouveau dispositif.
Adapter votre CET pour les salariés aidants
Votre accord CET actuel permet-il d'utiliser les droits pour un congé aidant ? Pour un passage à temps partiel ? Si ce n'est pas le cas, un avenant peut suffire pour adapter le dispositif.
Trois axes d'adaptation sont possibles :
- Faciliter l'alimentation : en autorisant les salariés à placer RTT, 5ème semaine de congés et primes sur leur CET de manière souple.
- Un déblocage anticipé pour situations d'aidance. Sans cette clause, les règles classiques (ancienneté minimum, nombre de jours accumulés) peuvent bloquer l'utilisation au moment où le salarié en a le plus besoin
- Communiquer spécifiquement auprès des salariés aidants identifiés sur l'existence et les possibilités du CET
Exemple concret : votre accord CET exige 10 jours minimum accumulés et 1 an d'ancienneté pour le débloquer. Un salarié qui devient aidant subitement se retrouve bloqué. Un avenant prévoyant un déblocage anticipé en cas d'urgence familiale lève cet obstacle.

Communication et déploiement : faire vivre les dispositifs
Rendre les dispositifs visibles et accessibles
Mettre en place des dispositifs ne suffit pas si personne ne les connaît. Or, 55 % des entreprises déclarent que le nombre d'aidants dans leurs effectifs est mal ou non évalué. Côté salariés, la méconnaissance des dispositifs internes reste un frein majeur.
Votre stratégie de communication interne doit combiner plusieurs formats : page dédiée sur l'intranet, note de service, webinaires, affichage, mails. Les messages doivent clarifier les droits, rassurer sur la confidentialité et encourager les salariés à se manifester sans crainte de stigmatisation.
La communication peut se faire au lancement de votre politique aidants, lors des négociations annuelles obligatoires (NAO), de la journée nationale des aidants (en octobre) ou encore lors de l’onboarding des nouveaux managers.
La communication doit être récurrente pour produire ses effets, notamment sur la réduction de l’absentéisme . Un email unique ne suffira jamais. Répétez, variez les formats, restez accessible.
Former les acteurs clés : managers et service paie
Les dispositifs ne s'appliquent pas tout seuls. Deux populations sont essentielles à former.
Les managers ont besoin d'un module, pratique de 2 à 3 heures couvrant le cadre légal, les dispositifs disponibles, la posture à adopter et le circuit RH à déclencher.
Une fiche réflexe simplifie les choses en récapitulant les étapes :
- Écouter sans juger,
- Orienter vers le RH référent,
- Ne pas promettre d'aménagements avant validation RH,
- Anticiper l'organisation d'équipe.
Le service paie doit maîtriser la gestion et le traitement spécifique du congé proche aidant, du don de jours et de la mobilisation du CET.
Enfin, désigner un référent RH aidants, une personne ressource identifiée que managers et salariés peuvent contacter, est un accélérateur de mise en œuvre.
Suivre et ajuster vos dispositifs dans la durée
Un dispositif qui vit est un dispositif qu'on mesure. Mettez en place un tableau de bord trimestriel avec des indicateurs simples : nombre de congés proche aidant accordés, nombre de dons de jours réalisés, montant CET mobilisé pour l'aidance, taux de satisfaction des bénéficiaires.
Si l'usage est faible, posez-vous les questions : s’agit-il d’un problème de communication ? Des règles trop complexes ? Une stigmatisation perçue ?
Si l'usage est élevé, anticipez les impacts sur l'organisation quant aux remplacements et à la répartition de la charge.
Complétez avec des retours terrain : enquêtes auprès des salariés aidants, feedbacks managers, remontées du service paie. Les dispositifs doivent être vivants, pas figés.

Conclusion : transformer l'obligation légale en politique RH structurante
Le congé proche aidant, le don de jours et le CET ne sont pas qu'une contrainte réglementaire. Bien déployés, ces dispositifs sécurisent vos salariés aidants, contribuent à réduire l'absentéisme lié à l'aidance et renforcent votre marque employeur.
Trois clés pour réussir : clarifier le cadre légal (obligations vs choix), organiser la mise en place (procédures simples, coordination RH-paie-managers) et communiquer en continu pour rendre les dispositifs visibles et accessibles.
Ces dispositifs sont un premier socle indispensable. Mais pour mettre en place un accompagnement complet de vos salariés aidants, il faut aller plus loin : identifier les salariés concernés, mesurer l'impact sur votre organisation et structurer une réponse adaptée à chaque niveau de besoin. C'est exactement ce que permet le diagnostic Monka, déployable en 90 jours pour cartographier l'aidance dans vos effectifs et construire un plan d'action priorisé.
FAQ
Quelles sont les obligations légales de l'employeur envers les salariés aidants ?
L'employeur doit accorder le congé proche aidant si le salarié remplit les conditions d'éligibilité. Il doit également motiver tout refus de télétravail à un salarié aidant (depuis juillet 2023). Les entreprises de plus de 50 salariés doivent négocier sur la QVCT, ce qui inclut l'articulation vie pro/vie perso. Enfin, toute discrimination liée au statut d'aidant est interdite. Le don de jours et les aménagements horaires relèvent en revanche de la politique RH de l'entreprise.
Comment mettre en place le don de jours dans mon entreprise ?
Le don de jours ne nécessite pas forcément un accord d'entreprise. La loi (art. L3142-25-1 du Code du travail) suffit comme base. Pour le structurer, rédigez un règlement définissant les règles (plafond de dons, conditions du bénéficiaire, circuit de validation), consultez le CSE, formez le service paie à l'encodage et communiquez clairement en interne. L'essentiel est de garantir l'anonymat des donneurs et de centraliser la gestion au niveau RH.
Un employeur peut-il refuser un congé proche aidant ?
Non. Si le salarié remplit les conditions légales et fournit les justificatifs requis, l'employeur ne peut pas refuser le congé. En cas de refus injustifié, le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes en procédure accélérée. En revanche, l'employeur peut ne pas donner son accord au fractionnement du congé ou à sa transformation en temps partiel, ces aménagements nécessitent un accord mutuel.


